Si l'on vous pose un jour cette devinette, sauriez vous y répondre: "quelle est l'une sinon la plus ancienne société de production de cinéma française?" Gaumont? Pathé? Non....... car si le label s'est perpétué, les sociétes ont changé au fil des ans.....En fait, l'ancètre des producteurs français, c'est Eurociné crée par Marius Lesoeur, personnage pittoresque et véritable force de la nature qui a oeuvré pour le 7ème art plus d'un demi siécle durant et qui demeure toujours plein de projets!
L'aventure de Marius Lesoeur démarre juste avant-guerre alors que, fils de forains, il loue des décors ou des lieux de tournage liés au cirque, pour le cinéma. Il crée ainsi les "studios mobiles de France" puis "Paris Nice Productions" que l'on peut considérer comme le premier volet de la saga "Eurociné".
Des débuts trés classiques, dès la guerre terminée, car durant celle-ci Marius Lesoeur a été un résistant exemplaire, décoré pour ses faits de guerre où il risqua sa vie. Paris Nice Productions démarre avec
"une belle garce" avec Ginette Leclerc puis avec "les vagabonds du rève", magnifique et pathétique histoire des théatres ambulants menacés de disparition, Françoise Rosay incarnant cette lutte désespérée pour la survie d'un spectacle condamné par le modernisme.


Les films s'enchainent une bonne dizaine d'années durant: des comédies et des films policiers au memu. On doit à Marius Lesoeur  quelques bons souvenirs avec "la femme à l'orchidée" incarné par Tilda Thamar,  "Monsieur Lacaille" d'aprés Françis Carco et la découverte d'actrices débutantes comme Dany Carrel qui offrait son physique explosif aux spectatateurs de "Ce soir les souris dansent", aux cotés d'un comédien qui allait bientot devenir un pilier de l'Eurociné à venir :Howard Vernon!.
Cette période s'achéve avec "sursis pour un vivant" avec Henri Vidal et Lino Ventura, une assez importante production d'aprés un roman de Fréderic Dard.


Puis Marius Lesoeur se tourne vers l'Espagne qui lui permet de coproduire à moindre cout quelques polars comme "rue de la peur" ou "panique au Music Hall".... puis un premier film d'horreur calqué sur le grand classique de Geoeges Franju "Les yeux sans visage" qui s'intitulera "L'horrible docteur Orloff" celui-ci étant incarné par Howard Vernon. Le film est réalisé par un jeune espagnol, alors quasi inconnu: Jésus Franco. Le film bénéficiera d'une bonne critique et propulsera Eurociné vers une nouvelle voie: celle du film d'épouvante, de l'aventure, de l'érotisme. Les films s'enchainent, Jésus Franco en devenant le réalisateur attitré: "Le sadique baron Von Klaus (interprété par Howard Vernon),"Les Maitresses du Dr Jekyll" etc.


Dès lors, Eurociné va coller aux grands succès commerciaux du moment qui fonctionnent par genres: le western ("L'ange noir du Mississipi" avec Howard Vernon transformé en cow boy pour la circonstance!) le film de cape et d'épée ("Capitaine tempête" avec Frank Latimore), quelques "Zoro" nés du succés de la serie lancée par Walt Disney.
Puis dès le début des années 70, Eurociné produira en grande partie seul des films au budget encore plus réduits animés par Marius Lesoeur qui en écrit  la plupart des scenariis, accompagné par son fils Daniel qui se charge de les vendre à l'étranger. Cette compagnie familiale à peu prés unique en France va jouer de tout le répertoire de la série "B": films de guerre,"Nathalie dans l'enfer nazi" l'horreur toujours! avec "Orloff" et "L'homme invisible" de Pierre Chevalier, "Une vierge chez les morts vivants" de Jésus Franco, ces deux films avec Howard Vernon. Une large place est aussi faite à l'érotisme dont le ciel s'est éclairci depuis la libération sexuelle née de mai 68. Ainsi Jésus Franco réalise t' il un de ses meilleurs films pour Eurociné: "Eugenie de Sade" merveilleusement interprété par Paul Muller et la regréttée Susan Korda.


Eurociné tord de plus en plus le cou à ses coûts.....de production et s'instaure alors le système de reprise de quelques séquences de films déja tournés ou achetés entre temps. Ainsi, l'attaque d'un oasis nord africain durant la seconde guerre mondiale provenant des "Jardins du diable" devient-elle légendaire dans le catalogue Eurociné!.
Arrive la fin des années 70 et le début des 80, les écrans sont envahis par les cannibales (nés du succés de "Cannibal Holocaust" de Ruggero Déodato et par les zombies promus par George Romero et Lucio Fulci. Eurociné ne veut pas étre en reste et produit alors les films les plus délirants de son catalogue: "Terreur Cannibale", "Mondo Cannibale" et "Le lac des morts vivants" ainsi que "L'abime des morts vivants" des films qui font de belles entrées en salle malgré le manque de moyens. Aujourd'hui devenus cultes ces films sont adulés par les jeunes cinéphiles ahuris devant tant d'audace!.


Eurociné essaye de tirer sa production vers le haut avec des oeuvres plus construites comme la trés estimable "Agonie des aigles"où Marius Lesoeur puise dans ses propres mémoires de guerre. Mais nous sommes à l'aube des années 90, il n'y a plus guère de place pour les indépendants et la production marque le pas. Marius et Daniel Lesoeur perdurent gràce à leur important catalogue (de plus en plus sollicité par les chaines cablées) et par le négoce de films de qualité venus des pays de l'Est et qui, doublés en anglais, sont destinés au négoce mondial.
Mais le spectre du docteur Orloff n'en continue pas moins à planer sur Eurociné, la firme annonçant à Cannes un remake en couleurs des avatars du praticien fou. Jésus Franco est bien sur tout destiné pour cette résurrection mais reste à savoir quel comédien actuel aura assez de trempe pour incarner à la place d'Howard Vernon le role du célèbre docteur véritable marque de fabrique de cette aussi sympatique qu'originale compagnie?.



Procurez-vous vite le gigantesque n° de MONSTER BIS consacré à Eurociné: 280 pages  sous couverture couleurs retraçant la filmographie intégrale  ( + de 120 films) ainsi qu'une biographie et un entretien avec son fondateur Marius Lesoeur.
 
 
 
 

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